Fatale attraction

Les enfants de jeunes hommes modernes n’ont pas les mêmes références culturelles que leurs parents. Le top de l’underground et du glamour s’appelle pour eux Bellewaerde, Walibi ou même Plopsacoo. Et donc voila pourquoi vous vous retrouvez un beau dimanche ensoleillé en train de poser pour la photo à côté d’un employé du coin, déguisé en kangourou au pelage fatigué et à l’haleine chargée de houblon.

La suite des opérations ? Vos enfants vous pressent de prendre place dans une file d’une heure qui vous donnera droit à quelques minutes à bord d’un simili tronc d’arbre mi plastique, mi fer qui va bientôt se précipiter dans le vide d’une fausse cascade alors que vous souffrez de manière chronique du vertige, même lorsque vous montez sur un tabouret… Et vu l’odeur mélangée d’urine et de vomi qui règne dans cet instrument de torture flottant, vos prédécesseurs expriment manifestement ce vertige de manière bien plus spectaculaire que vous.

Après avoir passé cette étape en fermant les yeux au moment fatidique et déjeuné d’un pain saucisse à 6 euros, vous profitez de ces quelques minutes de détente pour vous imprégner de l’endroit. Vêtu d’un très élégant poncho jaune fluo aux armoiries locales, vous psalmodiez avec une fougue et une intensité qui rendraient le Dalaï-Lama himself vert de jalousie « Le Vertigo, c’est ma passion, j’aime ses tournis et ses accélérations ! ». Cette mantra est censée régénérer vos envies de sensations fortes pour affronter la prochaine attraction promise à vos enfants. Car après avoir tenté de les liguer l’un contre l’autre pour provoquer un conflit musclé fraternel qui vous aurait permis de prononcer une sentence exemplaire « Non, on ne se bat pas ! Voyous ! Fils de con ! Pas de tornado, malgré ce que ça m’en coûte ! »… Force est de constater que vous vous êtes vautré comme une grosse merde. Pas un mot plus haut que l’autre, pas de coup pied, ni de coups de poing et encore moins de griffures.

Désespérant. Saloperie d’éducation. Attractions de merde. Pour ne rien arranger à votre malaise, votre allergie au caoutchouc est mise à rude épreuve par la vision et l’odeur des milliers de paires de pieds chaussées de slaches fabriqués dans cette matière fatwaisée par Benoit XVI le Germain et André-Mutien le Namurois, doublure officielle de Pierre Aucaigne.

Bonne nouvelle ou pas, votre destin n’aura finalement jamais rendez-vous avec ces montagnes russes qui vous font aussi peu fantasmer que la poitrine corsetée d’Yvette Horner. Car en passant à proximité de l’attraction des tasses géantes, vous glissez sur la triple glace rocket jetée sur le sol par un petit Dylan insatisfait et colérique, ce qui vous fait chuter sur la dite attraction. Et tant va votre nuque à la anse de la tasse qu’à la fin elle se brise. Ce qui va enfin faire de vous un héros : celui de la rubrique faits divers de la DH et de Sudpresse, coiffé d’un titre pourri du style ‘Il boit définitivement la tasse’.

Car oui, vous n’êtes plus ni moderne, ni jeune, ni rien du tout. Adieu les cara pils, les râteaux, les jeux de mots à deux balles, l’actualisation de votre profil facebook, la musique de votre i-Pod, le vidage de votre lave-vaisselle.

Vous n’êtes plus, et globalement, rien n’a changé pour ce qui était votre monde. Et pour vous ? Peut-être. Ou pas.

Mais bon, qui sait, comme Joachim et River, le nom du jeune homme moderne est peut-être Phoenix.

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Ca balance aux fêtes de la musique !

Le secret pour intégrer le club très prisé des jeunes hommes modernes tient en peu de choses. Ce qu’il convient, c’est de renvoyer à vos contemporains l’image de celui qui sait. Il faut donc se donner un petit air à la fois cultureux, prétentieux, insolent et rebelle pour éviter que votre glamour s’assimile à celui d’une pub Mora diffusée sur AB 3.

Un bon moyen pour y arriver ? S’autoproclamer spécialisss en musique qui fait du bruit.

Mais pourquoi la musique et pas autre chose ? En son temps, vous avez pesé le pour et le contre, et la question a été vite réglée. Même si vous aimez la bande dessinée, vous n’aviez pas spécialement envie d’adopter le look vestimentaire de votre professeur de mathématiques de 4ème rénové. Subtil mélange de tons en bruns, pull tricoté main et chaussures Méphisto éculées. Quant à vous laisser pousser un collier de barbe à la Prunelle, la réponse était claire : ce serait non !

Possibilité numéro deux : la danse contemporaine. Outre le fait qu’elle vous intéresse aussi peu que le contenu des cours dudit professeur de mathématiques, vous avez toujours déploré que Maurice Béjart emploie si rarement le très convivial ‘fuck you, old stinky bastard’ dans ses interviews. Ou qu’il ne se soit jamais fritté à grands coups de guitare électrique avec une personne de son public pas assez enthousiaste à son goût. ‘Insolence et attitude : peut mieux faire’, comme aurait pu l’écrire le même prof de maths.

Et la peinture ? Vous vous êtes entraîné en vain à déclamer ‘L’artisiiiste queu jeu suis heu a vouluuuu exprimer tout le nihilismeu de la chromatique dans cette œuvre forte et émouvanteuh’… Mais malheureusement sans succès. Donc bye bye l’art pictural et les moustaches à la Dali !

Ce fut la musique, et ça l’est toujours. Et lorsqu’un podium a été dressé pour la fêter à deux pas de chez vous, vous avez fort logiquement décidé d’être de la partie. En l’occurrence accompagné de vos deux enfants, que la perspective d’aller voir et écouter ‘de la musique de mecs’ semblait enthousiasmer autant que vous.

Vous voilà donc arrivé en milieu d’après-midi devant un podium fièrement dressé. Votre arrivée sur place aura en tout cas permis de pratiquement doubler l’assistance locale, ce qui est déjà un bon point. Après tout, les jeunes artistes se doivent d’être encouragés ! Autre bonne nouvelle : vos deux enfants apprécient pleinement le mélange rock et électro ainsi que la voix de la charmante chanteuse de ce groupe que vous ne connaissiez pas.

Balance-toi dans mon corps… Surexcitée et bonne, je deviens ta cochonne…’ Les paroles des femmes zizies semblent susciter la curiosité de vos enfants tout en vous poussant à battre en retraite. Le tout sous le regard désapprobateur de parents de l’école en route vers un cours de catéchisme ou une après-midi Oxfam. Et en ignorant les ‘C’est quoi un one shot, papa ? ’, et autres ‘La madame, elle va à la balançoire ? Pourquoi elle mettait son pète en avant ? ’ de votre ainé. Sans oublier les larmes de votre petit dernier peu content de votre acte radical de censure.

C’est décidé : l’an prochain, vous roulerez jusque Jodoigne le jour de la fête de la musique. Il paraît que Rémy Bricka et le Grand Jojo y sont déjà programmés. Quant à Dour, vous y êtes finalement allé accompagné d’autres jeunes gens modernes plutôt que de vos enfants…

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En mai, je fais ce qu’il me plaît

Etre tout à la fois moderne et crédible, c’est un peu comme avec les enfants : il faut pouvoir placer les limites. ‘Vas-y, c’était trop délire. Genre c’est chelou tellement c’était le kif. Et les tassepés, combien t’en as fumé today ?’ Demander à votre fils de 6 ans dans la cour de récréation de son école si sa journée s’est bien passée tout en adoptant un langage censé impressionner les mamans de moins de 27 ans n’est pas forcément une bonne idée.

Vous récolterez au mieux quelques regards navrés de cette belle jeunesse, mais aussi une moue désapprobatrice du corps professoral à qui vous expliquiez encore hier combien vous insistiez sur le côté traditionnel dans votre approche éducative. Et ce modèle de tee-shirt skinny qui mettait si bien en valeur le côté sculptural de votre silhouette il y a à peine quelques années n’arrangera rien à la chose, sauf auprès des inconditionnelles du rebondi abdominal proéminent.

A force de vouloir en faire trop, vous risquez de sombrer dans le pire, au risque de devenir pour un jeune homme moderne l’équivalent de ce que les Milli Vanilli sont à Gainsbourg.

Toujours au rayon ‘j’assume la date de naissance mentionnée sur ma carte d’identité avec flegme et philosophie’, votre statut de père vous a sans doute aussi poussé à réviser la nature même de certaines de vos sorties. Un exemple ? Durant le mois de mai, vous devrez probablement troquer l’affiche alléchante des nuits du Botanique pour un happening pointu d’art et d’essai intitulé à la manière brute des réalistes allemands et des expressionnistes abstraits de New-York ‘Kermesse de l’école maternelle et primaire’.

Le tout commence par un audacieux spectacle de danse contemporaine qui ferait rougir d’envie Anne Teresa de Keersmaeker herself. L’ensemble suit le rythme des musiciens les plus underground de la place, comme Yannick Noah, Christophe Maé, Bourvil et autres Lorie. Vous en profiterez d’ailleurs pour observer la maestria et la technique de futurs grands cinéastes, qui pour l’occasion suivent les préceptes du dogma 95 cher à Lars Von Trier en filmant ces moments de grâce avec un simple caméscope porté à l’épaule, et même parfois à bout de bras.

Après le spectacle, l’heure est venue de vous rafraîchir. Et comme vous avez entendu que l’événement du jour était indispensable pour le financement de l’école, vous avez décidé de donner de votre personne. Ce qui vous amène donc à goûter aux spécialités locales avec entrain, si pas enthousiasme. Mais aussi à faire copain – copain quelques heures plus tard avec madame Kelly et les directrices de maternelle et primaire. Ce qui sur le coup a réduit à néant trois années d’effort pour bâtir une réputation mêlant discrétion et sérieux pour autre chose de plus difficilement définissable. En particulier lorsque vous leur avez proposé de jouer à pouet pouet camion en attendant la prochaine tournée de Leffe…

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Star, drugs, rock and roll and sex (ou pas)

Contrairement à ce que les lecteurs assidus de ‘Public’ et ‘Secret story of famous people’ pourraient croire, être une icône des temps modernes n’est pas nécessairement un job rigolo. Parce que pour tenir le coup plus d’un quart d’heure dans le cercle très fermé des célébrités, il faut être capable de donner de sa personne.

Parlons tout d’abord apparence. Si vous comptez briller en société et impressionner les gardiens du temple de la branchitude, vous devrez abandonner, si pas faire disparaître définitivement, ces fameuses slaches Speedo qui ne vous quittent pas depuis vos quinze ans. Quant au short de votre équipe préférée de foot, il devra obligatoirement suivre le même chemin, quoi qu’il vous en coûte. Sauf bien entendu si vous pratiquez le rock, êtes originaire de Manchester, revendiquez ouvertement un passé et même un présent de petite frappe et prétendez succéder aux Beatles, si pas les supplanter au panthéon du meilleur groupe britton de tous les temps.

Après le look, place au langage. Même si vous trouvez touchant ou très second degré de ponctuer vos phrases d’expressions du terroir comme ‘dj’aime co bi’, ‘Oufti kénaffaire à Lidje’ ou autres ‘Tcherry, pitché, t’as encore refermé ta portchère à moitché !’, il va falloir vous faire violence et abandonner le truculent pour le pédant. En particulier si vous visez 50 degrés nord, la grrrrrande émission culturelle télé de la communauté française… Sauf bien entendu si vous pratiquez le rock, êtes originaire de Manchester, revendiquez ouvertement un passé et même un présent de petite frappe et prétendez succéder aux Beatles, si pas les supplanter au panthéon du meilleur groupe britton de tous les temps.

Et puis après, il y a l’attitude. Pour faire partie de l’élite intellectuelle, vous devrez forcément montrer aux quidams de base que vous n’êtes pas comme eux. Que votre vie est trépidante et dangereuse, contrairement à la leur dont les principaux centres d’intérêt sont bien souvent le fonctionnement de leur carte de pointage ou les retards récurrents de leur train.

Et donc pour prouver que vous êtes un vrai hédoniste qui n’a peur de rien, il vous faudra sans doute passer par la case substances illicites. Car un petit coup d’œil autour de vous vous en convaincra : pour en être, il faut s’adonner à la chnouf ! Même si vous pratiquez le rock, êtes originaire de Manchester, revendiquez ouvertement un passé et même un présent de petite frappe et prétendez succéder aux Beatles, si pas les supplanter au panthéon du meilleur groupe britton de tous les temps…

Des exemples de stars droguistes ? Jack Kerouac, grand sniffeur de bitume devant l’éternel, Gilbert Montagné et sa dramatique addiction aux gouttes occulaires canasol, Kurt Cobain et son amour immodéré pour la poudre explosive commercialisé par la FN, fleuron de notre flamboyante économie wallonne, etc.

Quant à moi, au diable les strass et les paillettes. Mon statut de jeune homme moderne ne me pousse heureusement pas à tous ces excès et contraintes. Je l’avoue : lorsque je n’ai pas été assez réactif côté lessive, il m’arrive de porter une paire de chaussettes qui témoignent de mon brillant passé de footballiste. De même, je n’ai pas abandonné ces mules que je trouve si confortables quand je suis installé dans mon divan… Même si leur état de déliquescence m’a déjà valu une pièce de 50 cents glissée dans ma paume par le facteur venu m’apporter un recommandé, le tout accompagné d’un clin d’œil exprimant toute sa générosité et sa conscience sociale.

Et pour ce qui est des produits hallucinogènes ? Je n’en possède pas le moindre ! Entre autres parce que mon statut de père exemplaire exclut de manière absolue ce genre de fantaisie… Pas sûr que madame Kelly tomberait en pamoison en découvrant dans la boîte à tartines ‘Cars’ de mon fils ces succulents sandwiches à la mescaline et au valium. Donc hormis une pharmacie principalement dédiée à mes chères têtes blondes, ma tanière est pratiquement dépourvue de toute substance chimique ou déstructurante.

Et pourtant… C’est bien à cause de cette pharmacie que j’ai ruiné toutes mes chances de conclusion auprès de cette aguichante demoiselle qui pratique avec tant de grâce le métier d’aide-ménagère sur mes terres. Je m’explique : après une conférence-débat consacrée au sens de la théorie néo-marxiste dans l’œuvre de Benjamin Castaldi, conférence dont les débats enflammés se sont terminés très tard dans la nuit, votre serviteur s’est réveillé avec une douleur tenace localisée dans son cerveau. Et, vu la rupture de stock de dafalgan en salle de bain, pour en venir à bout, une seule solution s’imposait : deux ou trois shoots de Junifen et Perdolan Junior en réglant la seringue en plastique sur +de 25 kilos. Aussitôt fait, aussitôt rendormi, ce qui explique que ma promise m’ait découvert quelques heures plus tard à moitié nu dans mon lit, l’écume aux lèvres et a exigé auprès de son employeur ‘de ne plus jamais devoir remettre les pieds chez ce pervers de Pete Doherty’. Ce qui est un non sens absolu, vu que je ne m’appelle pas Pete et que Kate Moss ne m’a toujours pas rappelé…

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La balade des gens heureux

Il fut un temps où nos parents étaient eux aussi jeunes et modernes. Leur kif à eux, c’était la paix et l’amour, les aisselles féminines poilues, les cigarettes qui font rire, le retour à la nature, les chèvres du Larzac, et pour les plus énervés d’entre eux le jet de pavé sur cibles policières mouvantes.

Bon, sans vouloir casser l’ambiance chez ceux qui affichaient fièrement le poster du ‘Imagine’ de John Lennon au mur de leur kot… Ceux-là même qui m’affirmaient avec une régularité de métronome que “Tsé, moi j’aurais dû être jeune en 67. Paske tu vois, à ce moment-là, tout le monde était beau, gentil, pensait aux autres et au futur de l’homme. Même que j’aurais pris du LSD avec Timothy Leary et que c’est moi qui aurait écrit Lucy in the Sky with Diamonds’’… Je me dois quand même de préciser que 10 ans plus tard, ces mêmes hippies issus du baby boom deviendraient yuppies. En troquant au passage le gilet en laine tondue sur les moutons de leur communauté larzacienne contre celui d’un costume trois pièces rayé…

Pour tous les jeunes hommes modernes comme moi, la vie au grand air coule donc moins de source que nos ainés. Une jeunesse bercée au son de la cold wave de Manchester plutôt qu’aux rythmes du flower power de San Francisco nous a sans doute rendus plus urbains.

Tout ceci explique certainement votre ‘oui’ franc et massif qui a scellé votre participation en compagnie de votre fils de 6 ans à la marche parrainée organisée pour récolter des fonds dédiés aux faux frais de l’école. Aux esprits chagrins qui ironiseront ‘Récolter ? Racketter, ouais!’, je signalerai que malgré son inclinaison catholique, le pouvoir organisateur aurait parfaitement pu réunir cet argent en envoyant nos têtes blondes vendre en porte à porte les herbes jamaïcaines que sœur Marie-Chantal, la dernière survivante de la communauté dominicaine de l’école, cultive discrètement dans le petit espace vert derrière les toilettes de la cour de récréation.

Donc vous voilà parti pour une balade de 5 kilomètres à travers les campagnes de votre petite ville. Histoire de ne pas défaillir et comme le sport est un concept très lointain pour vous, vous avez prévu pour tenir le coup une gourde remplie d’un mélange composé de red bull, de caféine pure et des cachets de catovit que vous aviez nostalgiquement conservés en souvenir de votre dernière session universitaire.

Et après tout, ce n’est pas de votre faute si le petit Brandon s’en est délecté pendant que vous refaisiez vos lacets. Ni si après trois tours de cour exécutés en 17 secondes, il a brisé le bras d’Alison, une de ses petites camarades. Quant à la crise d’épilepsie qui a clôturé son show, elle ne vous a en aucun cas impressionné, malgré l’écume projetée hors de sa bouche de manière plutôt déplaisante.

Brandon étant manifestement aussi peu populaire auprès du corps professoral qu’il ne l’est pour votre fils, la marche a bel et bien eu lieu. Ce qui vous aura permis d’apprendre une foule de choses intéressantes sur les campagnes environnantes et sur vos concitoyens.

Premier constat : les rampes du pont d’autoroute qui ont servi de toboggan aux 60 enfants de l’école accueillent manifestement à d’autres heures des amateurs de dérivés morphinesques. C’est du moins votre conclusion après que la petite Shannon a terminé la balade en boitillant et pleurnichant à cause de cette seringue plantée dans son pied droit.

Deuxième point : cette maman d’un élève non identifié et qui semblait ne parler que l’espagnol maîtrise malgré tout certaines expressions idiomatiques de la langue de Voltaire. Et notamment votre très subtil ‘Tcheu, mais qu’elle est bonne, celle-là. C’est quand elle veut pour lui apprendre le français, moi’ adressé à un autre père d’élève.

Troisième et dernier enseignement : en espagnol, ‘gros blaireau’ semble donc se dire aussi ‘gros blaireau’. Tout comme ‘râteau’ se prononce ‘râteau’.

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Le rock est moderne

« Laaa Mu –usiiiiqueuu » beuglaient avec conviction Nicoletta et les apprentis chanteurs de le Star Academy. Autant dire qu’à l’époque (et d’ailleurs toujours maintenant), ces vocalises ne vous inspiraient qu’un rictus condescendant. Car lorsque l’on est un jeune homme moderne, pas question de frayer avec les daubes du top 50 ! Pour faire l’intéressant, vous serez bien plus crédible en rocker underground qu’en président passionné du fan club C Jérôme de votre petite ville de province.

Votre démarche est quasi-scientifique : la musique rebelle est un piège à filles capable de transformer les pires fautes de goût en manifeste culturel le plus élitiste. Un exemple ? Prenez Mick Jagger. Dans les sixties et les seventies, tout ce que lui et les Stones créaient avait le goût et l’aura du génie sulfureux. Et malgré sa bouche à la Fernandel, le gaillard a pécho ce qui se fait de mieux au pays des canons.

Mais très honnêtement, pensez-vous que le garçon aurait eu tant de succès s’il n’avait pas percé ? Dans ce cas de figure, la toujours trendy langue pendante des Stones aurait au mieux trouvé refuge sur la vitre arrière d’une Renault 5 kitée jaune fluo et noire. Et pas question d’espérer un seul millième de nano seconde s’en servir pour tomber Carla B ou une autre top baïche. Pour le brave Mick, ce machin rouge et adipeux aurait pu à l’extrême limite faire office d’argument de séduction lors d’une convention de tuning organisée sur un parking post industriel. Avec pour seul lot possible de consolation la promesse d’une courte visite des baquets arrières du bolide français proposée à Marie-Loana, la charmante demoiselle qui vient de terminer sa 18ème cannette de Perlenbacher sur un rot tonitruant.

Donc jusqu’il y a peu, vous gonfliez fièrement le poitrail en annonçant avec nonchalance que vous connaissiez personnellement un des roadies de ‘They Fucking bastardos’, un groupe de shoe gazing gallois auteur d’un single chroniqué par le New Musical Express en 1993. La preuve que c’est votre ami ? Vous lui aviez offert une bière et filé une clope en fin de soirée, ce qui est forcément le signe d’une belle amitié, même s’il vous a vomi sur les pieds quelques minutes plus tard.

Mais avec le temps, les choses ont évolué. Votre substantiel budget CD a progressivement migré pour être définitivement remplacé par le poste crédit hypothécaire. Vous êtes allé voir de moins en moins de concerts, et dans des salles de plus en plus grandes. Les vidéos youtube que vous postez sur Facebook datent au mieux d’il y a 10 ans. Et aujourd’hui, vous en savez beaucoup plus sur les caractéristiques techniques des langes pampers que sur la discographie de ‘Her Holly baby’s shit’, la dernière hype londonienne.

Heureusement, les affaires reprennent enfin ! Hier, vous êtes allé voir un concert au Cirque Royal, là-même où vous aviez applaudi il y a presque 20 ans Noir Désir avant qu’ils ne basculent dans la gloire et la rubrique faits divers. Bon, le seul hic, c’est que cette fois-ci, le héros de la soirée s’appelait Henri Dès. Et vu que vous étiez accompagné de vos fils de 4 et 6 ans, pas question de boire et fumer plus que de raison ou de suggérer à une de vos potentielles futures muses de se concentrer sur le premier terme de la trilogie ‘Sex, drugs & rock and roll’.

Mais vous partiez malgré tout avec un a priori favorable. Car depuis que vous avez vu avec émotion votre fils se trémousser à la Ian Curtis en écoutant la version rock de ‘La sorcière de minuit’, vous considérez Henri Dès comme le punk de la comptine pour enfants. Et puis soyons de bon compte : vous avez échappé à Christian Merveille !

D’ailleurs sur place, l’esprit rock and roll et rebelle était bien présent. La preuve ? Vous avez dû négocier âprement avec un futur gangsta rappeur de 5 ans et son clan pour qu’ils libèrent les places numérotées que vous deviez occuper. Et ses coups de pieds dans le dossier de votre siège, tout comme le crachat dans vos cheveux probablement abandonné par sa grand-mère pendant que vos enfants reprenaient à tue-tête la chanson de l’escargot, vous ont rappelé avec émotion la franche camaraderie des festivals rock. Quant au regard méprisant de la demoiselle du vestiaire à qui vous avez glissé votre numéro de téléphone en lui susurrant ‘Tu aimes le rock and roll ?’ Pas question de râteau, ce n’est que de l’attitude !

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On en parle…

Les jeunes hommes modernes parlent aux jeunes femmes modernes ici

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